Jean-Louis Benavent
Extrait de « la forteresse »
L’imposteur ivre
« Il craignait un remords
affreux et un ridicule
éternel, s’il s’écartait du
modèle idéal qu’il se
proposait de suivre. »
Stendhal
Almaherida souffrait un peu plus chaque jour. Insomniaque, il ne
trouvait le repos qu’après avoir bu deux ou trois bouteilles de vin, qu’il
achetait régulièrement chez un caviste antillais. Celui-ci avait une
véritable passion pour les vins du Pic Saint Loup et l’avait faite partager à
son meilleur client, i.e. Almaherida. L’origine du nom de Almaherida, un
pseudonyme parmi tant d’autres, venait du père de Jean Vigo, Eugène
Bonaventure Vigo, un anarchiste, qui signait ses pamphlets « Miguel de
Almeyrida ». (« Almaherida » veut dire en espagnol : « âme blessée ».)
Almaherida fut fier de noircir ses feuillets du nom inventé : une nouvelle
vie, de nouvelles espérances, une nouvelle mythologie, à construire…
pour ne pas affronter son passé.
Rejeter son passé. Consigne inapplicable, peut-être la raison de ses
troubles du sommeil. Ou bien avait-il été piqué par une mouche tsé-tsé,
0 comentarios:
Enregistrer un commentaire